TikTok et les réseaux sociaux : propulseurs pour l’industrie musicale 

Tik Tok a publié son bilan annuel à fin 2020, il révèle que plus de 200 titres ont été vus plus d’un milliard de fois cette année. Le réseau devient incontournable dans l’industrie de la musique et bouleverse les stratégies marketing des maisons de disques.

Le 5 janvier, la société chinoise qui édite l’application Tik Tok a signé avec la major de musique Warner Music Group un accord pour l’utilisation des œuvres du  catalogue du producteur et de l’éditeur Warner Chappell. Tik Tok avait déjà signé un accord de ce type avec Sony Music. Sur les trois majors de la musique, seule Universal Music manque à l’appel. 

L’application de vidéos musicales courtes est la plus téléchargée de 2020, elle appartient au chinois ByteDance, et on y trouve notamment des vidéos de danse ou de playBack. 

Depuis 2018, elle a permis à de nombreux musiciens de se faire une place dans le secteur (Lil Nas X aux Etats-Unis ou Wejdene en France). Comptant 850 millions d’utilisateurs actifs mensuels (dont près de 100 millions aux Etats-Unis et 11 millions en France) – elle  vient de faire savoir que plus de 70 musiciens révélés sur sa plateforme ont ensuite trouvé un contrat avec une maison de disques en 2020. Plus globalement, l’industrie de la musique se sert de plus en plus de TikTok comme outil promotionnel.

TikTok est ainsi devenu central dans la stratégie digitale de nombreux artistes plus installés. Tout particulièrement dans la musique urbaine – le genre le plus prisé sur l’application utilisée en grande majorité par les 13-25 ans 

« On travaille avec des artistes de chez Believe, Sony ou Warner en France. On les conseille sur les punchlines d’une chanson qui peuvent être mises en avant sur TikTok, les mises en scène ou les chorégraphies qui peuvent aller avec. On va aussi les aiguiller dans le choix du casting d’influenceurs qui vont relayer une chanson, que leur univers corresponde bien à celui du musicien en question. »

détaille Samuel Skalawski, cofondateur de l’agence Follow qui travaille avec plusieurs des principaux influenceurs de TikTok en France, dans les échos il y a quelques semaines.

 

The Financial Times

 

 

La question des royalties

En Avril dernier, de multiples grands groupes éditeurs de musique, dont le géant Universal, envisageaient de lancer une action en justice à l’encontre de TikTok, qui avait été durant l’année 2020 valorisée  de 75 milliards de dollars, un record historique pour une start-up.

Et pour cause, l’utilisation de l’application outrepassait le droit d’auteur alors que les chansons sont utilisées par ses usagers pour leurs vidéos personnelles. Selon le NMPA (une association qui représente les éditeurs américains), plus de 50 % du marché musical de l’édition ne dispose pas de contrat de licence avec TikTok, qui avance que cette organisation juge que la poursuite en justice est la « future étape probable » dans cette affaire. Le géant chinois ne compte cependant pas s’arrêter là, et est en discussion avec les trois majors et d’autres acteurs du secteur au sujet de son service de streaming musical maison, nommé « Resso », que TikTok a déjà lancé en Inde et qui pourrait débarquer sur d’autres territoires prochainement – dont les Etats-Unis. 

Les réseaux sociaux, mine d’or pour les maisons qui se lancent dans des collaborations

Jusqu’à la fin du premier trimestre 2018, les sommes versées par Facebook, TikTok et Snapchat au groupe Warner pour utiliser sa musique s’élevaient à 0 euros. L’industrie du disque, forcée de revoir son modèle économique pour l’intégrer pleinement, en tire aujourd’hui plus de 8,5 milliards par an. La santé financière du secteur de la musique s’était déjà considérablement améliorée après que les principaux acteurs du marché aient trouvé des deals satisfaisants avec les plateformes de streaming : Spotify, Deezer, Apple Music, etc. Même avec YouTube, longtemps honni par l’industrie, la situation s’améliore : la filiale de Google a reversé, l’an passé, plus de 3 milliards de dollars de revenus – en provenance de ses recettes publicitaires et de son offre payante de streaming. La deuxième vague de régularisation des relations avec les réseaux sociaux va désormais, elle aussi, générer une manne récurrente précieuse pour les maisons de disques, labels et ayants droit. 

Ces dernières années, les trois majors ont trouvé des accords avec Facebook (en 2018) ou plus récemment avec Snapchat. Le groupe de Menlo Park (propriétaire aussi d’Instagram) affirme ainsi reverser à l’industrie de la musique plus de 600 millions de dollars par an.

Récemment, le PDG de Warner Music, l’une des trois majors de l’industrie, a affirmé que les accords de licences noués avec ces plateformes sociales rapportaient à son groupe un revenu « à neuf chiffres » par an. 

Sans compter qu’il reste encore des écosystèmes avec lesquels l’industrie n’a pas encore obtenu d’accords financiers. D’autres territoires ne sont pas encore explorés par ces firmes, comme le fitness connecté à domicile, dont l’usage a explosé pendant le confinement. Warner et Universal ont signé des contrats de licence avec Supernatural, une application de fitness en réalité virtuelle sur le casque Oculus Quest (appartenant à Facebook). Le monde du jeu vidéo pourrait également devenir un immense levier de croissance. En avril dernier, plus de 27 millions de fans avaient assisté sur Fortnite aux concerts virtuels conçus par Travis Scott. D’après certaines prédictions, le secteur à lui seul pourrait rapporter plus de 300 milliards de dollars par an, d’ici 2025. Aujourd’hui, l’industrie musicale tout entière ne génère que 6 % de ce chiffre. 

« En 2020,  le créateur devient public et le public devient créateur, ce qui crée un effet multiplicateur massif » expliquait Steve Cooper, directeur général du groupe Warner Music au magazine Rolling Stones.

 

 

 

Deepfake & Industrie musicale

La technologie du Deepfake, une technique de synthèse d’images basée sur l’intelligence artificielle, fleurit sur Internet. Son utilisation en musique se développe et pourrait bien révolutionner l’industrie musicale, et le processus créatif, non pas sans créer toutefois des questionnements éthiques et Juridiques.

Jukebox, un algorithme lancé en Mai dernier par une entreprise spécialisée en Intelligence artificielle, Open AI permet de faire revivre n’importe quel artiste et de lui faire chanter n’importe quelles paroles dans n’importe quel genre musical. Ces créations sont des deepfakes audios, des sons générés par un algorithme à partir d’enregistrements existants.

 

Cette intelligence artificielle a été entraînée avec 1,2 million de chansons piochées sur Internet, avec leurs paroles et leurs métadonnées. Forte de cet apprentissage, elle peut donc créer une piste audio de plusieurs minutes en s’appuyant sur les données avec lesquelles elle a été alimentée.

Ce n’est pas la première du genre. Google avait déjà créé en 2016 le projet Magenta dont le but est de mettre au point des intelligences artificielles créatives. Présenté comme « l’exploration de l’apprentissage automatique comme outil dans le processus de création », a développé plusieurs interfaces de programmation en open source qui permettent de composer des mélodies en utilisant des sons inédits générés par l’ordinateur, et de faire collaborer l’intelligence artificielle et l’homme. Spotify à son tour s’est doté du Creator Technology Research lab à l’origine de Hello World, le premier album composé avec une IA.

D’autres start-up comme Endel et Amper Music planchent aussi sur le sujet. Le développement de ces technologies à même permis la création The AI Contest, basé sur le format de l’Eurovision, le premier concours musical d’IA au monde.

 

Questionnements éthiques

On peut se demander ce qu’adviendra de la propriété d’un processus de création musicale, si n’importe quel morceau peut être créé par un ordinateur, pour beaucoup moins cher qu’un artiste interprète. Les services de streaming, à l’image des suggestions développées par Spotify pourraient proposer à leurs utilisateurs des musiques composées par une IA, correspondant aux attentes analysées en direct grâce aux données personnelles des utilisateurs. La maximisation des profits de droit d’auteur pourrait aussi développer ces technologies.

Déjà des exemples de conflits juridiques

Aux États-Unis, Jay Z et son label ont poursuivi en justice la chaîne YouTube Vocal Synthesis pour avoir utilisé la voix de l’artiste reconstituée via IA, afin de créer des morceaux de rap à partir d’un texte de Shakespeare (tombé dans le domaine public). La plateforme de streaming vidéo YouTube avait retiré, puis remis en ligne les vidéos, car les accusations de violation de droits d’auteur n’étaient pas complètes.

Un flou juridique qui demeure

Pour Valérie-Laure Benabou, chercheuse spécialisée en propriété intellectuelle interrogée par Konbini sur le cas Jay Z, la voix d’un artiste en tant que telle n’est a priori pas soumise au droit d’auteur.

« La voix d’un artiste peut être protégée en tant qu’un élément de sa personnalité, en la rattachant à celle-ci, mais la voix ne constitue pas une prestation d’un artiste interprète. Sa voix, c’est lui, sa prestation, c’est ce qu’il chante ou danse par exemple.

Si, à première vue, la situation du rappeur américain peut ressembler à un problème de droit d’auteur, c’est en fait plus proche dans l’esprit des cas juridiques antérieurs des imitateurs humains.

  • En 1988, lorsque la Ford Motor Company a fait une publicité qui imitait la voix de la chanteuse et actrice Bette Midler, en utilisant un ancien chanteur imitateur, la chanteuse Midler a attaqué la compagnie en justice et la Cour d’appel américaine a conclu que la voix de Midler était protégée contre en tant que droit de propriété. Dans sa décision, le juge John T. Noonan a écrit que le premier amendement protège la recréation de la voix d’une personne, mais si cette récréation ne fait qu’exploiter l’identité d’une personne, elle n’est pas protégée par le premier amendement.

Au Royaume-Uni, le copyright ne s’applique que si l’enregistrement originel d’une œuvre est repris tel quel, alors qu’en France, les deepfakes audio pourraient être considérés comme une contrefaçon et donc comme une atteinte au droit d’auteur, ce qui reste juridiquement difficile à prouver aujourd’hui.

« Avec la musique, il existe deux droits d’auteur distincts, un dans la notation musicale et les paroles et un autre dans l’enregistrement sonore, ce qui concerne les labels. Et si quelqu’un n’a pas utilisé l’enregistrement réel vous n’aurez aucune action légale contre lui en termes de droits d’auteur en ce qui concerne l’enregistrement sonore » a expliqué Rupert Skellett, responsable juridique de plusieurs labels britanniques au Guardian.

Au-delà des questions juridiques, c’est la peur de la perte de l’attachement émotionnel à un artiste, et de la valorisation de la singularité qui pose problème. La perte de la dimension humaine du processus de création, pourrait ainsi disparaitre.

Freedom-killing laws ? the dark side of abortion in Poland.

After having spoken of the Polish situation in terms of abortion rights in a previous article, I would now like to address the question of the consequences of such freedom-killing laws, and in particular of clandestine abortions in Poland.

When you look at the official figures, Poland, a country of 38 million inhabitants, recorded in 2019 only around 1,100 cases of abortion, the overwhelming majority of which were authorized because of the irreversible malformation of the fetus. 

Surprising because associations and NGOs do not portray the same reality. According to associations, the number of abortions performed clandestinely in Poland or in foreign clinics would reach nearly 200,000 per year, with all the risks they entail for women’s health and life. A survey conducted in 2013 showed that nearly one in three Polish adult women had had an abortion, far more than government figures.

Polish women wishing to end their pregnancy can travel abroad. Their choice is generally made in neighboring countries belonging to the European Union: Germany, Slovakia, Czech Republic, or even Austria or the Netherlands where abortion is possible under certain conditions up to the 22nd week of pregnancy. In these countries, some clinics have a website and reception in Polish. It is also possible to obtain abortion pills, by ordering them abroad via the Internet or otherwise.

Abortion pills are also available in Poland on the black market. Medical and surgical abortions are offered illegally by many private clinics in Poland, which do not hesitate to publish advertisements in the press with barely covered words.

In theory, doctors who perform such procedures risk a lot, but the Polish state does not seem willing to intervene vigorously. In 2005, only 100 cases of illegal abortions were brought to the attention of the courts, and almost three-quarters were dismissed.

The associations are especially worried about the health of people with a uterus:

« Eliminating the grounds for almost all legal abortions in Poland amounts to banning them and violating human rights. This decision results in illegal abortions abroad for those who have the means and more suffering in others. »  Said Council of Europe Commissioner for Human Rights, Bosnian Dunja Mijatovic. 

case to follow, even if the government does not seem to regard the health of pregnant people as a public health priority.

Behind protests, Poland is torned by a real cultural war

“This is not a protest that is going to run out. It’s a revolution. The government does not seem to understand it, ” summed up Bozena Przyluska, one of the organizers of the National Demonstration of Polish Women the 30 october. After the Constitutional Court, the investor controlled by the national conservative power of PiS (Law and Justice), on October 22, wrote a judgment that could delegate the voluntary termination of pregnancy (abortion), the country is torned by demonstrations. For now, the judgment results is a ban on all abortions, except in cases of rape and incest or when the mother’s life is in danger. Militant and feminist did not stop after one of the biggest demonstration in years in october.

Demonstration gathered thousand of people, among them a lot of artists. KASIA STREK POUR LE MONDE

This mobilization, which gathered in the Polish capital 80,000 people, according to the police force, and 100,000, according to the town hall, was one of the most massive in recent years. The same day, the tension was such that the army had to mobilize in support of the police, and about fifty police vans protected the home of the Deputy Prime Minister. The nationalist militias of the “Falanga” group, also known for their link with Moscow, announced the mobilization of 10,000 men across the country, half of whom “trained in fighting techniques”. 

The 13 December, Thousands of people were still demonstating in the street to protest against a Constitutional Court ruling imposing an almost total ban on abortion in the country, and also to demand the departure of the conservative government.

In the streets of Gdynia, Poland, on October 28, 2020, protesters march against the Constitutional Court’s decision to make abortion virtually illegal. Michal Ryniak/Agencja Gazeta/REUTERS

Protesters, mostly women and young people, marched once again through town to the home of Deputy Prime Minister Jaroslaw Kaczynski, considered the strongman of the ruling conservatives and truly responsible for the tribunal’s decision. 

On the one hand, the subject is serious, the public debate tense, the atmosphere often electric. But on the other hand, the demonstrators are showing unbridled creativity and humor. Because, for the first time in five years and the arrival of PiS in power, it is young people who are predominantly in the street, people my generation, born around the year 2000. 

The cultural war between ultra-Catholics and a largely secularized youth is not about to end. It seems, in fact, that this is only the beginning.

 

Covid et festival, comment organiser le retour des événements en direct ?

Plus de 120 festivals viennent de signer une tribune pour signifier à l’Etat qu’ils travaillent d’arrache-pied afin de trouver le bon protocole sanitaire et pouvoir se tenir l’été prochain. L’étude So Fest menée par des chercheurs a évalué entre 2,3 et 2,6 milliards d’euros le coût de l’annulation de 2.640 festivals d’avril à août 2020. 

Penser sécurité sanitaire

Des études ont été réalisées sur la transmission du covid dans les événements culturels en intérieur, d’après le compte rendu, Les événements assis à l’intérieur, lorsqu’ils sont menés selon des précautions d’hygiène et avec une ventilation adéquate, ont de petits effets sur la propagation du COVID-19.

Aux Pays-Bas, en Angleterre, des expérimentations en jauge réduites vont être menées lors de concerts indoor et outdoor de 1.500 à 3.000 personnes, afin de tester la propagation du virus.

Les acteurs de la billetterie sont à la manœuvre, afin de développer des applications très sophistiquées, incluant une traçabilité des festivaliers, les résultats des tests ou vaccins pratiqués. Dès lors que le détenteur du billet deviendrait positif au Covid, le remboursement se déclencherait automatiquement, de même que la remise en vente du ticket. 

Des tests Covid-19 rapide destinés aux évènements ont déjà été lancés par l’entreprise Swallow Events. Déjà approuvé au Royaume-Uni, il serait en mesure de donner des résultats fiables à plus de 99% en 15 minutes.

 « Nous essayons de maintenir un coût aussi bas que possible car nous nous soucions réellement du secteur de l’évènementiel, nous voulons qu’il se remette en marche dans un environnement sécurisé et ainsi, aider à protéger plus de 570 000 emplois qui sont en train de disparaître rapidement » explique Oli Thomas, fondateur et directeur de Swallow Events, à Access All Areas.

Nécessité de décisions communes européennes

Le message est clair du côté des organisateurs, les artistes internationaux ne se déplaceront pas s’ ils ne peuvent pas tourner et multiplier les dates en Europe. 

L’Arena Resilience Alliance un groupe à vocation spéciale créé par l’European Arenas Association, organisera une conférence virtuelle explorant le besoin urgent de développer une stratégie paneuropéenne pour le retour aux événements en direct. Le moment en est à la planification, nécessaire pour protéger et reconstruire l’écosystème des événements en direct à travers l’Europe, ces festivals et évènements sont le tissu culturel des pays d’Europe et sont un acteur clé de l’écosystème touristique national et régional.

Le spectacle vivant, nécessité d’adaptation avec le numérique

Si le confinement a poussé les structures et les artistes à innover afin de partager les représentations virtuellement, l’idée d’insérer les réseaux sociaux et les outils de visioconférence a commencé avant. 

Quelques exemples de digitalisation de la culture.

En ouverture du Kunsten à Bruxelles en 2019, et repris au Festival d’Automne à Paris en 2020, Silke Huysmans et Hannes Dereere ont proposé A pleasant Island, qui via le virtuel plonge le spectateur dans à Neru, une île abandonnée. La performance reposait sur deux smartphones. Silke et Hannes tenaient chacun le leur dont le contenu était projeté sur deux panneaux, tous deux gardant les yeux et les doigts vissés sur leurs écrans tactiles. Également avant le confinement, Marion Siefert dirigeait Helena de Laurens, l’histoire d’une jeune fille qui se cache sous son profil de_jeanne_dark, 16 ans. Sorte de portrait de l’adolescence qui se déroule sur scène et sur Instagram. 

 

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La nouveauté est que la version Instagram de la pièce, en direct, est autonome. Cette utilisation était jusqu’alors réservée à l’univers de la performance scénique, souvent enclin à l’expérimentation. 

Jusqu’ici, des institutions avaient proposé soit des captations soit des livestreams, c’est le cas de l’Opera de Paris par exemple. Arthur Nauzycie, le directeur du Théâtre National de Bretagne, a créé une mise en scène quelque peu révolutionnaire. La scénographie a fait jouer successivement les comédiens, puis tous ensemble. La pièce est réalisée à 100% sur Zoom, chaque acteur avait la main sur le son et la lumière.

Le livestream, garder un lien avec le public 

« livestream ». Un mot désignant des spectacles filmés, diffusés en direct ou en différé sur Internet, parfois en accès libre, de plus en plus souvent payants. 

En 2020, ces prestations se sont multipliées et structurées au rythme des politiques sanitaires. Début mars, nombreux étaient les artistes à se filmer à la maison, en direct sur instagram ou facebook, cependant, ces concerts sur les réseaux sociaux ont vite atteint leurs limites techniques et créatives. Le doute planait encore sur la possible adhésion des fans à des concerts payants en streaming, mais le phénomène mondial de Kpop Coréen BTS a récolté près de 3 millions d’euros, l’équivalent pour eux d’une tournée de quarante dates.

La tonne de billets vendus a donné des idées à d’autres. ATC Management, une importante agence d’artistes a créé la société Driift, qui devenue, en quelques mois, l’une des reines du livestream. Ces événements s’adressent aux fans les plus motivés, l’entreprise estime l’audience des livestream payants à entre 15% et 20% des fans qui se rendent aux concerts.

Parallèlement aux plates-formes de streaming, se développent quantité d’opérateurs cherchant à fournir des fonctionnalités supplémentaires.  Le logiciel Omnilive , permet au spectateur de choisir de suivre le concert avec la caméra de son choix, se développentaussi l’immersion sonore, la réalité virtuelle, comme MelodyVR  et Sensorium, ou les créateurs d’effets spéciaux.

A la rentrée, c’est la chanteuse américaine Billie Eilish qui s’est pliée à l’exercice, suivie fin novembre par la chanteuse britannique Dua Lipa, avec des billets vendus entre 20 et 200 euros.

De grosses productions, souvent réservées aux pop star ?

Les coûts de ce type de production peuvent condamner les artistes indépendants à y renoncer. Rodolphe Burger a fait le pari du livestream autoproduit. Après une première prestation en accès libre (vue plus de 100 000 fois) lors du premier confinement, l’ancien chanteur de Kat Onoma a mis en ligne un concert tarifé (aux prix de 15, 25 et 50 euros).

Pour les artistes en développement, c’est encore difficile d’accès, cela implique de trouver des solutions moins coûteuses de tournage. Un budget de base de 50 000 euros signifie devoir vendre au moins 5 000 ou 6 000 billets, un objectif pas évident pour beaucoup de nouveaux musiciens.

Comment l’absence de concerts et la fermeture des disquaires met en péril les labels indépendants, vers une paupérisation de la diversité musicale ? 

Le disque, non essentiel

Un homme cherche un disque vinyl chez un disquaire à Paris, en février 2020 (illustration). (MARTIN BUREAU / AFP)

On compte moins de 300 boutiques de disques en France aujourd’hui, hors réseaux Fnac et Cultura, alors que le site du Syndicat du livre identifie 3 200 librairies et que le territoire compte plus de 2 100 cinémas.

Alors que quand la librairie et le cinéma ont de nombreuses structures représentatives, ce n’est qu’en janvier 2017 qu’est né le Gredin, le syndicat des disquaires indépendants. Si les libraires ont souvent récupéré leur chiffre d’affaires des deux mois de confinement, ce n’est pas le cas pour les disquaires, qui n’ont pu compenser cette perte par une activité plus importante. Les aides accordées aux enseignes de vente physique de disques semblent être trop peu selon les membres du syndicat Groupement des Disquaires Indépendants Nationaux : 

Lettre du Gredin : 

Aujourd’hui nous découvrons la répartition des 1 million d’Euros du fonds de secours destiné aux acteurs de la musique enregistrée et de l’édition musicale […] 1500€ pour nos disquaires qui sont les seuls de ces trois secteurs à avoir subi une fermeture de deux mois ?

Avec le nouveau confinement, le recours à une plate-forme commune d’informations et de commandes, comme il en existe pour les libraires, est en train de se mettre en place. Le Gredin y travaille depuis deux ans, avec l’aide de l’association Ensemble Paris emploi compétences (EPEC) et un soutien financier de la Mairie de Paris. Elle est annoncée pour début 2021.

Labels indépendants en difficulté, une entaille dans la diversité musicale

 Une des spécificités françaises en matière de musique est sans doute l’existence de centaines de labels et maisons de disques indépendants, qui vivent et sortent des disques à côté des grandes « majors ». Mais ces structures, fragiles, souffrent énormément de la crise sanitaire du Covid-19, à cause notamment de la fermeture des disquaires et l’interdiction des concerts. Ces labels ont un rôle primordial dans la diversité du paysage musical français. Recherche de nouveaux talents, valorisation d’artistes pointus qui ne passent pas à la radio mais vivent du public lors des concerts et surtout de la vente physique des albums en magasins spécialisés. 

« Les artistes avec lesquels on travaille gagnent leur visibilité sur la route, par les concerts et la vente d’album, là où d’autres maisons de disque ont d’autres leviers de visibilité, notamment les radios et les télés nationales. » Matthieu Dassieu, fondateur du label Baco Records à franceinfo

La Felin, syndicat des labels indépendants défend la place du disque physique parce qu’elle est centrale dans l’économie des labels indépendants de type TPE. En effet, 50 à 80% de leur chiffre d’affaires est généré par les ventes de disques physiques. Une tendance qui s’accentue compte tenu des nouvelles perspectives de développement importées d’un marché du vinyle américain en pleine explosion.

Il est important de reprendre conscience de l’importance de l’objet disque, rémunérateur pour les artistes et les labels, marque d’investissement et de soutien de la part de l’auditeur (…) Supporter aujourd’hui les productions des labels indépendants n’a jamais été aussi crucial ».

Interrogée par Franceinfo, Céline Lepage, déléguée générale de la Fédération FELIN. 

Aujourd’hui les distributeurs se réinventent, au-delà de la pseudo opposition numérique / physique qu’ils voient plutôt comme complémentaires. Parce que l’objet disque est toujours le support physique de l’œuvre musicale, que sans lui c’est tout un secteur qui est impacté : la scène, la promotion. Parce que leur travail se fait en grande partie sur le terrain, ils visent à ce que les CD et vinyles soient mis en place dans les rayons des grandes enseignes, des médiathèques, des disquaires indépendants au sein d’un maillage territorial maitrisé, des métropoles à la plus petite commune. 

De possibles aides pour la diversité musicale ?

Pour pallier les inégalités de sorties entre les firmes et les maisons de disques indépendantes, le Centre national de la musique a lancé Labels, le premier fonds de reprise d’activité de la production phonographique. Ce fonds vient aider les sorties physiques et numériques impactées par le COVID.