Nos manières de consommer ces arts que sont le rap et la pop urbaine

Quels départements franciliens détiennent les rappeurs les plus productifs ?

Passés au statut de marques déposées avec les années, les départements sont devenus au fil du temps des propulseurs de carrière pour les rappeurs. Comme si un simple numéro de département faisait gage de qualité pour les consommateurs de rap.

Chaque département implique des façons de rapper, des sonorités différentes. Associer un numéro devenu une solution de faciliter pour les médias généralistes et spécialisés dans la culture hip-hop pour présenter les rappeurs à la fois géographiquement et musicalement.

« Les rappeurs du 93 » pour parler de Sofiane et tous les membres de 93 Empire, Le Parisien                   

« Originaires de la cité des Tarterêts, à Corbeilles-Essone, dans le 91 » en parlant du duo PNL, Ma Chaîne étudiante 

 « Key Largo : la folie du 95 », Booska-P

« Le rappeur du 78 » pour décrire La Fouine, Mou’v 

« Kekra est le représentant du 92 ». Rapunchline

Les rappeurs eux-mêmes ont d’ailleurs montré leur attachement à leur territoire, leur département d’origine. Cet attachement à un numéro de département cache un attachement encore plus puissant à un quartier d’où les rappeurs sont originaires. C’est souvent plein de nostalgie que les rappeurs parlent du quartier où ils ont évolués. 

Dans son titre, Fenêtre sur rue, Hugo TSR décrit l’arrondissement où il vit, le 18ème de Paris. Le morceau comme une balade dans le quartier derrière la colline de Montmartre et n’est pas sans faire un clin d’oeil au film d’Alfred Hitchcock, Fenêtre sur cour.

Autre artiste, autre département tout autre ambiance. Oubliez le boom-bap typique du nord et du sud de la capitale. Direction la Seine-Saint-Denis plus précisément à Sevran où s’est former le groupe 13 Block. Les sevrannais décrivent leur vie de « charbonneur » dans leur titre 93 gangstérisme.

Département frontalier du 93, le 92 des Hauts-de-Seine est devenu reconnu sur la scène rap notamment grâce au roi Booba. Dans le morceau, du légendaire album « Temps mort », Ma définition, le D.U.C parle des difficultés à grandir en banlieue parisienne.

On parle souvent de concurrence entre départements et quartiers. Sur l’année 2019 en cours, quels départements a été le plus représentés d’un point de vu des projets de rappeurs ? 

Numéros de département Nbre de projets Quelques artistes
75 (Paris)40XV Barbar, Jok’Air (1), Junior Bvndo, Sirap, Usky, Volts Face, Hache-P, Lefa, Gims, Zeu, Davodka, Lord Esperanza, 2Zer, Nekfeu (1), Jarod, Hayce Lemsi, Cheu-B, Dehmo, Leto, Mister You, sean, Stil Fresh, Lpee, Blaiz, Sheldon (2), Oxmo Puccino, Eff Gee, Black M, PLK, M le Maudit, Alpha Wann
77 (Seine-et-Marne)6Djadja & Dinaz, RK, A2H
78 (Yvelines)6SKG, Skreally Boy, 47Ter, Hatik, 3010 (2)
91 (Essones)18F430, Kpoint, Sinik, Ninho, PNL, Zola, Koba la D (1), MMZ, Bolémvn, Huntrill, Mozo du Zoo (2), S-Pion, Niska
92 (Hauts-de-Seine)6Heuss L’enfoiré, Brvmsoo, Nusky, Guizmo, Kekra
93 (Seine Saint-Denis)27Kaaris, Lartiste, Loveni, Prince Waly, Lasco, Landy, TripleGo, Diddy trix, Sefyu, Biffty, 13 Block, Kalash Criminel, Beeby, Prime
94 (Val-de-Marne)5Lacrim, Take a Mic, Oboy, Chily, Kery James
95 (Val d’Oise)2Seth Gueko, Luidji

Source : Genius

Les principaux foyers de talent au niveau du rap saute aux yeux avec ce tableau. On remarque de suite l’hégémonie de Paris et de la Seine-Saint-Denis sur les autres départements franciliens. La raison, elle se situe du côté de l’histoire du hip-hop en France. Le 93 est connu pour ses groupes et rappeurs légendaires qui ont marqué des générations entières notamment le duo NTM qui a grandit dans le 93.

À noter tout de même que certains départements se distinguent par le nombre d’albums vendus. Bien que les rappeurs de l’Essones aient sorti moins de projets à octobre 2019, c’est pourtant eux qui cumulent le meilleur ratio projets sortis/projets certifiés disque d’or ou diamant. Mr Sal de Niska est certifié disque de platine moins d’un mois après sa sortie. PNL enregistre le triple disque de platine 4 mois après la parution de Deux Frères. Les projets des rookies Koba la D et Zola ont tous les deux la certification de disque d’or.

À chaque artiste sa façon de gérer les leaks de ses projets

Qu’elles soient volontaires ou non les fuites d’albums ou de morceaux sur les réseaux sociaux sont le signe d’un emballement du public pour un projet à venir. De Booba à PNL en passant par Nekfeu, Damso, Columbine, Vald ou encore Ninho, ils sont nombreux les artistes à avoir dû communiquer sur un leak de leur album, à chacun, sa réaction.

Préserver sa street-crédibilité.

Pour illustrer le concept de leak on peut s’appuyer sur une analogie d’un film en salle de cinéma. Les équipes de production consacrent du temps et de l’argent à la création d’un long ou court métrage. Les retombés pour les acteurs de la production seront moindre si le film paraît en amont de la sortie via les réseaux sociaux. Si un film (ou même une scène) est publié sans l’accord des producteurs via les réseaux sociaux, cela témoigne d’un manque de communication entre les acteurs, certains ne respectent pas les règles et livrent les projets au public en avance. On peut associer cette image à la sortie d’album de rappeurs.

Alors c’est la crédibilité des rappeurs qui peut être remis en cause… Si pour certains les leaks ne semblent pas poser de problèmes particuliers, d’autres artistes, dont les textes mettent en avant un esprit de famille ou au contraire une attitude casernier dans leurs méthodes de production, un leak de leur projet peut aller en contradiction avec leurs idées véhiculées tout au long de leurs textes.

Dans le cadre de la sortie du deuxième album de Damso en avril 2017, Ipséité qui, par la suite a connu un véritable succès commercial, certifié disque de diamant en France, un célèbre utilisateur de Twitter, Billy a leaké l’album du rappeur belge. Damso s’en était alors violemment pris à lui via les réseaux… Une façon aussi de réaffirmer son statut d’artiste qui maitrise toutes les phases de sa production, qui n’a pas peur de faire face à ceux qui l’empêche de faire vivre son art sans le gêner.

Renforcer ou créer une hype autour d’un projet.

Les leaks d’album peuvent aussi être complètement orchestré par les rappeurs ou leurs labels. On se souvient de Vald et son prochain Xeu, paru le 2 février 2018, qui avait fait grand bruit notamment grâce à une très bonne communication autour de la sortie de l’album. Vald avait notamment orchestré un faux leak comme il a pu le témoigner au média Konbini, « c’est moi qui est tout manigancé. » Le rappeur d’Aulnay avait ainsi fait croire qu’une de ses ex hystériques menaçait de faire fuite le projet en amont de la sortie officielle. Un jeu de rôle qui n’a fait que faire monter la sauce avant la sortie de Xeu.

D’autres rappeurs se sont aussi essayer à ce genre de publicité, le plus récent ? 7jaws a fait entendre à ses fans il y a deux jours un morceau de son futur projet sur lequel il a notamment travaillé avec le beatmaker Seezy. D’ailleurs c’est via une vidéo en direct via le compte Instagram de ce dernier qu’on a pu entendre le morceau en question.

Le rappeur du 92, Kekra a adopté la même façon de communiquer sur son travail en livrant quant à lui un son entier via les stories de son compte Instagram. Ses fans se sont empressés de reliés toutes les stories avant de poster le son entier sur Youtube et Soundcloud. Une méthode de leak qui demande d’avoir une fanbase solide et aux aguets de ses sorties.