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Esport : le confinement a-t-il été profitable ?

Le confinement aurait eu un impact moindre sur les retombées économiques des entreprises du secteur esportif.
La réalité se veut plus contrastée.

 

Alors que la France vit actuellement son deuxième confinement, les mois qui nous séparent du premier ont permis de prendre un certain recul quant à l'impact que cette situation a eu sur l'esport. À en juger d'un point de vue extérieur, le secteur semble s'en être plutôt bien sorti sur le plan économique. Mais lorsque l'on analyse plus en profondeur, on s'aperçoit que le confinement a grandement museler le développement du sport électronique.

 

Le jeu-vidéo, grand vainqueur du confinement

Être confiné à la maison a causé du tord à plus d'un fêtard. À l'inverse, pour les gameurs habitués aux loisirs à domicile, peu de changement. En tout cas, c'est indéniable. Le premier confinement a mis en lumière des pratiques culturelles moins prédominantes en temps normal. C'est le cas par exemple du streaming comme le souligne Influencia, mais aussi et surtout du jeu-vidéo. Beaucoup ont profité de ce délai à la maison pour investir dans une PS4, Xbox one, Nintendo Switch ou encore dans un nouveau PC à la carte graphique toute neuve. Le témoin ultime de ce phénomène n'est autre que le jeu Animal Crossing New Horizons. Sorti le 20 mars dernier, le nouvel opus d'une franchise, certes très appréciée, a littéralement bousculé les plus grands titres du secteur vidéo-ludique, du moins en termes de ventes. Fin juin, soit seulement trois mois après son lancement, Nintendo affichait déjà plus de 22,4 millions de ventes à travers le monde.

 

Classement des jeux les plus vendu (au 20 juin 2020)                                                                        © Cubic.com

 

Un tel succès des plateformes de streaming accompagné d'un emballement de joueurs de tout âge s'avèrent être une véritable aubaine pour l'esport. Plus il y a de joueurs, plus il y aura de personnes qui s'intéresseront aux compétitions. "Énormément de talents, personnes lambdas et sportifs professionnels se sont mis à jouer et streamer, comme Antoine Griezmann récemment avec Gotaga, Squeezie et Doigby pour la Croix Rouge [...] C’est intéressant et fort ce qui se passe en ce moment", constatait Nathan Reznik en mai dernier dans une interview à la Réclame. Spécialisée en création et production de contenus e-sport et gaming, Nathan Reznik utilisent les audiences, notamment réalisées via l'esport pendant le confinement, pour convaincre les annonceurs d'investir dans le domaine. Sachant que le modèle économique du sport électronique est basé en quasi-totalité sur le sponsoring, on distingue un biais positif du confinement sur l'économie du secteur.

L'esport, dernier survivant durant le confinement

Le sport électronique a été l'un des rares sports à avoir pu maintenir sa pratique lors du premier confinement. Au niveau amateur comme vu précédemment, mais également au niveau professionnel avec notamment les championnats d'Europe de League of Legend et les multiples compétitions internationales sur Counter Strike. Malgré le cadre sanitaire très contraignant, les nouveaux publics engendrés par le confinement ont pu profiter de certains évènements esportifs (beaucoup ont été annulés, nous y reviendrons). Des compétitions maintenues donc, qui ont permis de préserver l'activité économique de la majeur partie des acteurs. Pour rappel, les performances des clubs dans ces compétitions sont très importantes pour ces derniers. Des bons résultats sont synonymes d'une forte mise en avant du club après du public (enjeux de sponsoring) ainsi qu'une garantie de valorisation des salaires pour les joueurs et le staff. Ce qui est loin d'être anodin puisque les contrats de joueurs esport sont très courts (une saison, soit 6 mois) tout comme leurs carrières.

Le confinement brise la dynamique de légitimation

Si à première vue le confinement semble avoir plutôt sourit à l'esport, les principales intervenants du domaine vous soutiendront que ce n'est pas tout à fait le cas. En effet, faute de pouvoir se réunir devant leur public, de nombreuses compétitions esportive ont été reportées ou annulées. Or, depuis plusieurs années maintenant, l'esport institutionnalise des compétions belles et bien physiques, dans des arènes remplit de fans venus admirer les performances des joueurs en direct. Le confinement est venu briser cette dynamique qui légitimisait encore un peu plus l'esport auprès de ses détracteurs. Évidemment, tout comme les autres compétions de sport annulées, le confinement engendre des pertes économiques qui ont pu mettre en danger certaines équipes.

 

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Les 4 joueurs français de Paris Eternal lors de leur retour en France pour le confinement.                             © Twitter : @ParisEternal

 

 

En Overwatch League par exemple, l'équipe française Paris Eternal (détenue par le milliardaire américain Franck Mccourt, également propriétaire de l'Olympique de Marseille au football) vient de vendre tous ses joueurs coréens et n'a pas souhaité renouveler le contrat de ses joueurs français. L'équipe auteure d'une saison plus que réussie se sépare de grands joueurs auxquels les fans avaient construit toute l'identité du club. Les dirigeants étants restés muets depuis, les causes liées au confinement reste largement envisagées.

 

Un retour en ligne difficile

Par ailleurs la migration en ligne de l'esport n'a pas fait que des heureux. Ce retour aux origines de la pratique a fragilisé tout un pan de son organisation. À savoir, celles et ceux qui travaillent de près ou de loin des évènements annulés. Cela va du simple photographe aux techniciens en passant par les casteurs et les analystes qui vivent en partie grâce aux commentaires de ces compétitions rendues impossibles.

 

Enfin, ce retour au chacun chez soi mais tous connectés a également été difficile pour de nombreuses équipes comme l'atteste Paul Arrivé, journaliste esport à L'Équipe dans une interview pour Atlantico "Natus Vincere était numéro un mondial sur Counter Strike en mars, ils venaient de gagner le plus gros tournoi de ce début de saison saison, à huit-clos mais en physique, parce que c’était le tout début de la crise et ils avaient décidé de fermer l’événement aux spectateurs. Et avec le passage en ligne, ils ont eu un passage à vide qui a duré trois ou quatre mois, où ils sont retombés à la neuvième ou dixième place mondiale. Ils n’y arrivaient plus ou ils n’avaient plus la même motivation pour jouer en ligne", constate-t-il.

 

L'équipe polonaise Natus Vincere a remporté les IEM de Katowice dans une salle sans public.                          © Natus Vincere

 

Pour ce deuxième confinement, les club professionnels français sont à nouveau à l'arrêt, privilégiant la santé de leurs membres. Pour eux la situation semble encore loin d'être critique sur le plan économique. Mais un second confinement d'une durée prolongée pourrait tout de même affecter cette industrie naissante, notamment si leurs revenus publicitaires continuaient de baisser.

1 thought on “Esport : le confinement a-t-il été profitable ?

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