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Pourquoi les filles ne deviennent-elles pas des as de la manette ?

En France, un gamer sur deux est un femme en 2020. Pourtant, ces joueuses ne représente que 6% des esportifs amateurs. Comment expliquer cette si faible féminisation de l'esport qui s'accroit à mesure que l'on tend vers le niveau professionnel ?

D'après le rapport annuel du S.E.L.L, en 2020 il y aurait plus de 16 millions de françaises qui jouent aux jeux-vidéos de manière régulière. Le jeu vidéoludique est un divertissement qui a su conquérir la gente féminine depuis son lancement. Si la part de femmes qui jouent devient de plus en plus importante, elle a toujours approché la parité. Ainsi, les premiers jeux grand public visaient déjà les petits garçons et les petites filles. À l'image des Pokémon, licence qui a bercé l'enfance des générations nées entre 1990 et 2005. Avec le développement des consoles portables (Gameboy, Nintendo DS, PSP...), les studios de jeu-vidéo ont commencé à viser un public se voulant majoritairement féminin. Un élan qui se concrétise avec des licences telles que Nintendogs, les nombreux jeux d'équitation ou encore des simulateurs qui s'ouvriront petit à petit à la gente masculine, tels que Animal Crossing ou les Sims.

Les femmes et les petites filles ont toujours jouer aux jeux-vidéos. Mais dés qu'il s'agit de compétition, leur présence chute drastiquement. D'après le baromètre 2020 de France Esports, les esportifs français "grand public" seraient majoritairement des femmes (53%). Mais plus la compétition est rude, moins les femmes sont représentées. Dans la catégorie "esportifs loisirs", elle ne sont plus que 30%. Chez les "amateurs" seuls 6% sont des femmes et la proportion frôle à peine les 1% dans certains jeux compétitifs de niveau professionnel.

Des clichés et du sexisme au quotidien

L'une des raisons majeures résulte d'une éducation genrée de la pratique du jeu-vidéo. "La société ne nous montre pas de figure féminine jouant aux jeux, surtout dans les campagnes de publicité. Cette éducation genrée a contribué à diminuer le nombre de joueuses, et ainsi le nombre de femmes dans les milieux compétitifs", explique Kenza, head manager chez ROG, dans une interview pour BDM. Quand les filles daignent s'intéresser au mode compétitif de leur jeu préféré, elles se retrouvent systématiquement confrontées à un autre problème : le sexisme. Dans une communauté de gamers compétitifs ultra-masculin, les rares femmes qui s'y aventurent sont en proie à un harcèlement sans fin. Protégés derrière un écran et anonymisés via un pseudo, les joueurs ne lésinent pas sur les insultes. "Les joueuses tentent de se protéger, jusqu’à parfois ne pas oser dire qu’elles sont des filles, car elles savent pertinemment qu’elles se prendront des remarques la seconde d’après", s'exaspère Kenza. Des plaintes qui ne remontent pas d'hier si l'on en juge à la quantité de faits similaires répertoriés dans des articles de presse gaming.

Geguri est une joueuse Sud-Coréenne qui a rejoint l'Overwatch League en 2019 via les Shangaï Dragons.

 

Dans l'imaginaire de beaucoup de joueurs, l'esport n'est pas un domaine pour les femmes. "Il est difficile mentalement pour un garçon de perdre face à une fille aux jeux vidéo juste à cause des idées reçues transmises par la société", confie la jeune femme de chez ROG Esport. Un manque de reconnaissance et une illégitimité des joueuses qui vient entacher leur parcours esportif professionnel. C'est le cas par exemple de la joueuse sud-Coréenne Geguri. Elle a été la première et dernière femme (à ce jour) a avoir rejoint la première division international du jeu de tir Overwatch. Plébiscitée par beaucoup à son poste de "tank", pour d'autres son talent restait à prouver. En effet, en 2016, la joueuse fait l'objet d'un scandale qui l'accuse de tricher compte tenu de ses excellents résultats avec l'un des personnages du jeu. Geguri s'est longtemps faite harcelée sur les réseaux sociaux avant de décider de filmer d'elle-même ses parties en direct, afin de montrer que ses performances sont 100% les siennes. Même l'éditeur du jeu (Blizzard) a dû s'en mêlé pour laver l'honneur de la joueuse -le studio a la possibilité de retrouver toutes les parties de la joueuse et de les analyser via des données inaccessibles à la communauté-. Encore aujourd'hui, Geguri est l'illustration parfaite de ce que représente l'esport pour les femmes...

Tendre vers l'égalité dans l'esport

Afin de remédier à ce triste phénomène, les instances esportives ont d'abord penché pour des ligues 100% féminines. Une solution en demi-teinte pour les associations de défense de la femme dans l''esport. C'est notamment le cas de Woman in Game qui a plutôt suggéré des compétitions mixtes. "Contrairement à certains sports où il y a une véritable différence physique entre les hommes et les femmes, sur les jeux vidéo, nous avons tous les mêmes capacités avec une manette dans les mains. Elles ont plein de qualités à démontrer : rapidité, intelligence… Une femme peut être plus forte qu’un homme sur un jeu. On part avec exactement les mêmes chances au départ. Pour nous le talent n’a pas de sexe", clame Edern Plantier, directeur sportif de la team CRaZY Esport. La solution se veut donc collective. Plus il y aura de femmes à intégrer les structures esportives, plus les jeunes filles auront des modèles à qui se référer. Mais cette évolution nécessite plus qu'une prise de conscience entamée il y a déjà des années. C'est l'ensemble des encadrants et du staff des équipes qui doivent accompagner les joueuses dans leurs démarches.

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