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En apparence inadaptée, la ville de Brest est-elle vraiment le cauchemar des amateurs de sport handicapés ? Nous avons posé la question à Colin Prigent, l'expert breton de la pratique sportive en situation de handicap.

Du haut de ces dizaines d'années d'expérience dans le handisport, Colin Prigent a vu évolué la pratique. L'accessibilité des infrastructures, la motivation des jeunes ou encore le regard sur l'activité sont autant d'aspects qu'il tente d'améliorer au quotidien. Actuel président de la région Bretagne handisport, trésorier du comité départemental handisport et vice-président du comité Olympique et sportif, le vieux monsieur collectionne les statuts. Mais il y en a un qui lui colle à la peau depuis maintenant 20 ans. Vingt longes saisons à la tête du Handisport Brest (ou HandiBrest). Une période qui pourrait encore être prolongée prochainement.

Qu'est-ce que le Handisport Brest ?

Le club qu'il préside est tout simplement le plus important de Brest en termes d'handisport. D'une part du fait de son rayonnement sur l'ensemble de la communauté d'agglomération brestoise. Et d'autre part, du fait de son nombre d'adhérents qui avoisine les 150 membres annuels. HandiBrest propose une quinzaine d'activités sportives en loisir ou en compétition. Parmi les pratiquants, 60% disposent de ce que l'on appelle une licence cadre.

 

Chose plutôt rare, à Brest les jeunes ont investi le handisport. Au HandiBrest, ils représentent I/3 des membres. Une proportion importante donc, en partie dû au large panel d'activités proposées. En effet, les jeunes sportifs handicapés sont eux aussi sont sujets à un "nomadisme" que l'on retrouve dans le sport traditionnel dans ces tranches d'âge.

Pour les brestois handicapés qui souhaitent faire du sport, la question du matériel n'est plus une excuse. HandiBrest bénéficie d'un grand parc de matériel mutualisé avec tout le département, de manière à proposer le plus de sports possible. Pour une cinquantaine d'euros (prix de la licence), un adhérent peut ainsi y accéder sans avoir à débourser des sommes extraordinaires.

 

"Les infrastructures sportives ne sont pas un problème à Brest"

Pour ce qui est des infrastructures, le club bénéficie de nombreux créneaux dans des salles, gymnases et piscines en fonction de la demande des adhérents. Construit il y a une dizaine d'années, le gymnase de Penn Ar Streat est le plus utilisé du fait de son adaptabilité la plus totale. Pour la natation, des sessions sont prévues à la piscine de Kerallet ainsi qu'au Spadium Parc du Relecq-Kerhuon. Au cours de l'année, le club organise des évènements et des compétitions. Pour se faire, HandiBrest utilise d'autres infrastructures que la municipalité prête ponctuellement. D'après Colin Prigent, le tout est de faire une demande claire et de s'y prendre en avance. Lorsqu'il y a de la disponibilité, la mairie semble coopérer dans la majorité des cas.

 

Sport très prisé par les personnes en situation de handicap, la natation est l'activité qui regroupe le plus de membres parmi les licenciés du Handisport Brest. Outre les sessions et l'accompagnement proposé par le club, les nageurs handicapés ont accès à 4 piscines à Brest. En plus d'un accès adapté, elle sont toutes équipées d'un système de mise à l'eau pour les personnes en fauteuil roulant, par exemple.

 

Contrairement à ce que les données sur l'accessibilité des tribunes d'infrastructures pouvaient laisser à penser, Colin Prigent estime que les amateurs de sport handicapés ont largement la possibilité de regarder du sport à Brest. Premièrement, les compétitions les plus importantes ont majoritairement lieu dans des structures récentes et/ou adaptées au grand public. À l'image de la Brest Arena ou du stade Francis Le Blé, où les places et les accès ne manquent pas. Au-delà du sport professionnel, selon lui, un suivi du sport amateur est très souvent possible, même dans des établissements qui ne sont pas considérés comme étant "adaptés".

 

L'Handisport Brest noue par ailleurs de nombreux partenariats avec des clubs valides pour permettre d'ouvrir de nouvelles activités. Là encore, l'idée est de permettre à toutes et tous de faire le sport de son choix, peu importe son handicap. Enfin, à Brest et ses environs, il existe une multitudes d'autres structures spécialisées ou non dans le handisport. Ces dernières accueillent des personnes en situation de handicap dans leur groupe et font le nécessaire pour adapter la pratique au handicap de chacun.es. Alors amis Brestois plus d'excuses, à la sortie du confinement c'est sport pour tout le monde !

Les bienfaits du sport sur la santé physique et mentale ne sont plus à prouver. Plus qu'une option, l'activité sportive est un droit. Pourtant en France, seulement 5,5% des personnes handicapées pratiquent en club. Parmi les principales raison avancées : l'inaccessibilité aux équipements sportifs. Comment est-ce encore possible dans un pays où l'accessibilité est obligatoires depuis 2005 ?

En 2015, est parue une enquête inédite sur le handicape et le sport en France. Bien qu'elle n'est eu qu'un faible retentissement médiatique, elle n'en n'est pas moins inintéressante. Initiée par la Françaises des jeux, cette étude a été menée auprès de 1 127 Français âgés de 16 à 64 ans, en situation de handicap moteur, visuel ou auditif. On y découvre que la grande majorité d'entre eux sont intéressé par le sport. Presque 30% y trouvant un intérêt pour leur handicap, notamment via de la rééducation. Par ailleurs, l'enquête met en lumière les principales raisons qui freinent ces mêmes personnes à pratiquer une activité physique en club.

Ainsi, la moitié des interrogés reconnaissent ne pas pratiquer pour des motifs exogènes (manque de temps, de moyen ou de motivation). Mais la santé ou le handicap eux-mêmes imposent, pour 43 %, des limites que les personnes handicapées ont du mal à dépasser. La réticence ou la difficulté à entrer en relation avec les autres sont également considérées (17%), ce qui peut expliquer que la majorité des sports pratiqués sont dits "solitaires" (marche, randonnée, natation, cyclisme, course à pied...). Enfin, et c'est là le point qui nous intéresse le plus, 16% des personnes handicapées interrogées évoque l'inaccessibilité des infrastructures sportives et du matériels. Autant les autres raisons s'expliquent principalement par une mauvaise communication des acteurs du secteurs (il existe 3 fédérations, des milliers d'associations et de nombreux dispositifs gratuits dédiés à la pratique sportive adaptée), autant celle-ci se veut plus structurelle.

Qu'est-ce que l'accessibilité dans le sport en France ?

D'après la Délégation Interministérielle aux Personnes Handicapées, l'accessibilité "permet l’autonomie et la participation des personnes ayant un handicap, en réduisant, voire supprimant, les discordances entre les capacités, les besoins et les souhaits d’une part, et les différentes composantes physiques, organisationnelles et culturelles de leur environnement d’autre part". Il est donc question d'accessibilité à un lieu pour des handicapés physiques et d'accessibilité à une information pour des handicapés sensoriels.

 

En France, la loi impose à tout établissement recevant du public d'être accessible à tous. Ce qui veut dire qu'un équipement sportif doit impérativement permettre à toute personne, quelque soit son handicape, d'entrer, de circuler, de sortir, et de bénéficier de toutes les prestations offertes au public, dans les mêmes conditions. Pour ce qui est des infrastructures antérieures à ces lois, les gérant sont incités à réaliser des travaux d'aménagement de l'accessibilité, notamment via l'Agenda d'Accessibilité Programmée (Ad'AP).

Si les gymnases demeurent encore inaccessibles à tous, c'est majoritairement du fait de l'absence de travaux d'aménagement. Les gérants de ces infrastructures invoquent notamment des raisons budgétaires, mais aussi de nombreux cas complexes d'optimisation des accès. Ce qui est sûr, c'est qu'en 2024 Paris accueillera les Jeux Olympiques et paralympiques. La capitale veut faire office d'exemple en matière d'accessibilité et va réaliser de nombreux travaux en ce sens. Alors il n'y plus qu'à espérer que le vent d'inclusion sociale qui souffle sur Paris, gagne le reste du territoire nationale pour que le sport puisse enfin faire le bonheur de tout le monde.

En 2017, la ville de Brest comptabilisait 552 infrastructures sportives.
Ces équipements plus ou moins récents, permettent aux Brestois de pratiquer une large gamme d'activités. Mais sont-ils également accessible aux handicapés ?

En 2017, d'après le recensement des équipements sportifs, la ville totalisait 552 infrastructures de nature publiques et privées. Sur cet ensemble, les trois quarts sont adaptés à la pratique des handicapés moteur. Cers derniers bénéficiant d'accès adaptés aux aires de sport.

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En revanche, une fois sur deux, il faudra arriver déjà changé puisque la moitié des accès aux vestiaires ne sont pas adaptés. Résultat en demie teinte donc pour la métropole du bout du monde.

 

La déception est bien plus importante côté tribunes. Sur les 84 infrastructures qui en bénéficient, presque 93% ne disposent d'aucun accès adapté aux handicapes moteurs et sensoriels (vision/audition)... Une proportion énorme qui laisse à penser que la ville n'a pas pour priorité l'inclusion sociale des personnes atteintes de handicapes.

 

Autre fait notable, la part des accès adaptés aux handicapes sensoriels ne dépasse pas les 3%, que ce soit pour l'aire de sport en elle-même, les vestiaires ou encore les tribunes. Ces statistiques posent vraiment question. Un sourd ou un mal-voyant peut-il avoir une activité physique à Brest. Peut-il en être spectateur ? Les rares sites adaptés à ce type de handicape ont fait l'objet d'une carte, répertoriant leurs caractéristiques d'accessibilité.

(carte)

La Brest Arena fait office d'exemple

Alors que les petites infrastructures jouent les mauvais élèves, il semblerait que ce soit les équipements les plus importants de la ville qui affiche une adaptabilité la plus forte. Ces derniers sont par ailleurs privés, ayant donc une optique commerciale. À ce titre, on retrouve les deux principales piscines de la ville : Foch et Recouvrance. En parallèle, c'est bel et bien le dernier arrivé dans la liste des gros projets de la ville qui coche toute les cases de l'adaptabilité aux personnes en situation de handicape.  La Brest Arena et ses deux salles permet à tous et toutes de venir vivre le sport comme il se doit. Maison du Brest Bretagne Handball,  l'Arena est aussi un véritable foyer pour la culture avec de nombreux spectacles et représentations artistiques qui ont lieu tout au long de l'année. Peut-être est-ce justement cette dualité culturelle et sportive qui a permis à l'édifice de se voir doté d'équipements adaptés à tous.

La Brest Arena a tout un dispositif adapté aux personnes à mobilité réduite (PMR) et personnes en situation de handicape (PSH). Des places de parking réservées aux emplacements adaptés en passant par les ascenseurs et les accès rapides. ©BrestArena.fr

Depuis le recensement de 2018, de nouvelles infrastructures ont vu le jour à Brest et d'autres sont en cours de rénovation. C'est le cas par exemple de l'emblématique gymnase Foch qui s'est vu refaire une beauté. Sa rénovation à neuf tient compte des critères d'adaptabilité et devrait permettre à tous les sportifs brestois, notamment étudiants, d'en profiter à titre de pratiquant ou de spectateur.