En bas des tours, le rap

Depuis quelques mois, la délinquance juvénile occupe une place importante dans le débat public dû aux revendications des juges pour enfants. L’attention se porte surtout sur les adolescents issus des quartiers dits « difficiles » où se concentrerait une violence de plus en plus systématique. En amont de cette violence se cachent, en réalité, des disparités économiques et territoriales peu mentionnées. Une somme de problèmes qui est dénoncée par des rappeurs, eux-mêmes originaires de banlieues.

« La banlieue influence Paname, Paname influence le monde », rappe Médine dans Grand Paris. Ce morceau réunit, à lui-seul, Youssoupha, Sofiane, Lino, Lartiste, Ninho et Seth Gueko. Six artistes influents dans le rap, tous originaires d’Île-de-France. Dès le premier couplet, Médine explique « La banlieue c’est des pâquerettes sur un tas de fumier ». Une manière de montrer que la cité est un engrais pour les poètes issus de la rue. Ils puisent leur énergie et leur talent dans la saleté et la pauvreté. La banlieue est-elle une terre fertile pour le rap?

Le rap, INFLUENCE FRANÇAISE VOIRE MONDIALE

Aujourd’hui, le rap constitue le genre musical le plus écouté en France. 64% des titres les plus écoutés en streaming en France, du 8 novembre au 14 novembre 2019, appartiennent au rap français.

 

A l’heure où PNL a réussi à intégrer le top 10 des artistes les plus populaires du monde selon Billboard Charts, la question de l’influence de la banlieue sur les artistes français devient prépondérante. Source d’inspiration, beaucoup traitent des problèmes des cités dans leurs chansons. Malgré le fait que le rap ne doit pas être essentialisé à la simple question des banlieues, il a eu le mérite d’avoir mis sur le devant de la scène les problèmes connus par les minorités, qui étaient alors absents du paysage musical français. 

Dans un tweet, L’Étudiant du rap, un compte Twitter créé par trois étudiants passionnés de musique et d’audiovisuel indique :

 

 

Rap et médias, « je t’aime, moi non plus »

Malgré cette popularité, les médias, et notamment les chaînes d’information en continue, stigmatisent toujours ce genre musical. Ce mépris envers le rap, et plus généralement envers la banlieue, est d’ailleurs visible dans l’un des derniers micro-trottoir de BFM TV. La vidéo a fait le buzz sur les réseaux sociaux.

 

 

Ce traitement médiatique est révélateur d’un mépris de classe envers les populations de banlieues. Il s’explique par une différence importante de niveau de vie : les journalistes sont souvent issus de milieux assez aisés où les capitaux économique et intellectuel sont importants.

Dans une (excellente) enquête de Libération datant du 19 janvier 2019, Sylvain Morvan, le cofondateur de Médiacités explique que «les journalistes écrivent librement ce qu’ils sont socialement programmés à écrire.». L’exemple du rap met en avant cette « déconnexion » des journalistes, qu’il leur est souvent reprochée, avec le monde extérieur.

C’est pour cette raison que les rappeurs ont choisi de prendre eux-même la parole, sans intermédiaire. Avant d’être des rappeurs, ces artistes étaient de simples habitants de banlieues qui ont su poser des mots sur des maux. Ils ont pris conscience que leurs revendications avaient un impact chez les personnes qui les écoutaient. Étant le genre musical le plus écouté de France, le rap serait-il devenu un média à part entière, porte-parole (implicite ou non) de la cause des banlieues ?

A titre d’exemple, à la manifestation du 26 mai 2018, la banlieue avait pris la tête du cortège de tête. Plusieurs collectifs s’étaient réunis, comme le collectif d’Assa Traoré « Justice pour Adama » avec la banderole suivante. Elle fait référence au titre « Grand Paris » de Médine. Le titre traite du projet du même nom qui promet d’agir sur les problèmes d’inégalités territoriales et d’enclavement de certaines cités que les rappeurs dénoncent depuis des dizaines d’années.

 

La banlieue, le fer de lance des rappeurs

Beaucoup de rappeurs français sont originaires de banlieues, qu’elles soient marseillaises, parisiennes, lilloises ou encore lyonnaises. 70% d’entre eux sont originaires d’Ile-de France, lieu important de la production rap. Juste derrière se trouvent la scène marseillaise. Si Internet a facilité l’émergence de nouveaux artistes en dehors de ces deux zones, la scène rap reste marquée par la rivalité entre la scène parisienne d’un côté et la scène marseillaise de l’autre.

 

A Saint-Denis, à Clichy, à Sarcelles ou encore à Sevran, la notion de territoire est fondamentale dans l’histoire du rap français. Ce genre musical est marqué par un discours territorial fort : c’est dans son ADN. Abréviation de neighbourhood, les rappeurs américains parlent  d’ailleurs de « hood » pour définir le quartier tandis que les rappeurs français parlent de « cité ». Dans son dernier album, PNL rappe « Bats les couilles je suis nda (in da hood) ».

Le rap offre une description très précise de ces territoires : visuelle, économique, sociale, politique. Les artistes décrivent cette mosaïque d’espaces, à la fois reconnaissable architecturalement (les grands ensembles, les tours) mais très singulière. Au travers de leurs sons, ils mettent sous les yeux du grand public cet autre univers qui leur appartient. Et qu’ils connaissent mieux que personne. Shurik’n, du groupe IAM, ira même jusqu’à parler de « journalisme urbain ». Akhenaton avait expliqué « Nous souhaitions un album plus réaliste et nous avons travaillé les titres comme des mini-documentaires » en parlant de l’album « L’école du micro d’argent », sorti en 1997.

La banlieue est donc une source d’inspiration pour les rappeurs. Cependant, même si les problèmes sociaux revendiqués par les rappeurs d’Île-de-France sont similaires d’un territoire à un autre, le rap donne quand même à voir des dynamiques sociales et des lieux différents. Chaque territoire a sa spécificité, son représentant.

« Nos barres d’immeubles font partie des meubles. Un jour l’hexagone se souviendra qu’on est la partie noble » – Médine

 

Les Transmusicales : un festival international ?

Etienne Daho faisait partie des premiers artistes programmés aux Trans Musicales de Rennes. Quarante ans plus tard, il revient sur les planches de ce festival pour deux dates : le mercredi 4 et le jeudi 5 décembre au Théâtre National de Bretagne. Un occasion de remonter le temps pour revenir sur ces rencontres musicales, qui sont rapidement devenus bien plus qu’un « simple festival ».

Les Trans Musicales sont un festival incontournable de la vie bretonne et rennaise. Dénicheur de talents depuis plus de 40 ans, ce festival créé en 1979 a vu passer sur ses scènes mythiques de grands artistes comme Nirvana, Justice, Stromae ou encore Daft Punk. Retour sur quarante ans de musique avec un maître mot : la découverte.

Ceux qui ne connaissent pas le festival sont parfois surpris de ne voir aucune tête d’affiche sur la programmation annuelle. Rien de plus normal. Les puristes des Trans’ savent que Jean-Louis Brossard, tête chercheuse de nouveaux talents, réserve rarement des places aux artistes connus. Tout repose justement sur la nouveauté et la curiosité du lecteur. Car on vient au Trans Musicales pour se faire surprendre par un groupe étranger méconnu en France, ou par un jeune duo qui fait ses premiers pas sur scène. Le festival fonctionne comme un coup de projecteur sur ces jeunes artistes qui finissent, pour la plupart, en tête d’affiches les années suivantes.

Un festival qui donne le micro aux groupes étrangers

Le festival est aussi connu pour programmer un nombre important d’artistes originaires de pays étrangers. La plupart sont originaires de France (1243 d’entre eux) mais nombreux sont ceux qui viennent des Etats-Unis, du Canada, du Royaume-Uni et du Brésil.

 

 

Justice des mineurs, l’impasse

Le 20 novembre 2019 se déroulait la Journée internationale des droits de l’enfant : l’occasion pour les associations et les observatoires d’alerter le gouvernement et l’opinion publique sur la question des mineurs jugés et placés. Saturation des prisons, juges pour enfants dépassés, délais très longs : quels traitements pour ces jeunes en difficultés ?

« La France n’est pas assez riche d’enfants pour qu’elle ait le droit de négliger tout ce qui peut en faire des êtres sains », tels sont les mots utilisés dans l’ordonnance du 2 février 1945 relative en l’enfance délinquante. Alors que les textes internationaux et nationaux voient l’enfermement des mineurs comme une « anormalité », le nombre de mineurs incarcérés en établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) ou en centre éducatifs fermés (CEF), alternatifs à l’incarcération, est en forte augmentation.

Etat des lieux d’un secteur en crise

Depuis un an, les juges des enfants en Seine-Saint-Denis alertent sur la forte dégradation des dispositifs de protection de l’enfance. Dans une tribune pour Le Monde datant de novembre 2018, une dizaine de juges pour enfants dénonce un manque important de personnels qualifiés, liés à des restrictions budgétaires. Une situation inquiétante alors même que le nombre de jugements de mineurs délinquants est en augmentation. Notons que 15 juges pour enfants sont en poste au tribunal de Bobigny pour 3341 nouvelles affaires, au pénal, en 2018.

 

Ce nombre de jugements s’accompagne d’une augmentation de l’incarcération. Dans un rapport d’information sur la justice des mineurs, il est indiqué que « la place de la justice des mineurs dans l’activité des tribunaux de grande instance est croissante en raison de la forte hausse du taux de réponse pénale. » Cette augmentation s’explique par une forte judiciarisation de la réponse apportée aux comportements des mineurs. Par exemple, les directeurs d’établissements scolaires informent de plus en plus souvent le parquet de délits de nature pénale intervenus dans l’enceinte scolaire. Depuis le circulaire interministériel du 22 octobre 2009, des correspondants sécurité-école (du service de police ou gendarmerie) ont été mis en place dans les centres scolaires, notamment de ZSP pour faire le lien être les milieux scolaires et les institutions policières et judiciaires.

Exemple de tableau de suivi de délinquance rempli par les chefs d’établissements
un parcours du combattant judiciaire

La loi sur l’enfance délinquante date de 1945 et les juges lui reprochent souvent son ancienneté : la délinquance actuelle étant différente de celle d’il y a plus de cinquante ans. Au lieu de la simplifier, ses nombreuses modifications l’ont rendu totalement illisibles. Il convient de rappeler que l’ordonnance a été modifiée à trente-neuf reprises depuis 1945 et a connu de substantielles adaptations notamment depuis les vingt dernières années. Huit réformes législatives sont ainsi intervenues entre 2002 et 2011.

Schéma de la chaîne pénale

La lecture compliquée de cette loi rend donc difficile (si ce n’est impossible) le travail des juges pour enfants. Cette difficulté s’ajoute au nombre croissant de réponse pénale (comme expliquer au dessus) et un manque de moyens et de personnels.

Pour simplifier les procédures, un projet de réforme de la justice des mineurs est en discussion en ce moment au gouvernement. Elle s’articule autour d’une idée phare, la césure du procès, qui encadre et formalise une procédure en deux temps. En effet, il faut, en moyenne, 18 mois pour qu’un mineur soit jugé, et le cas échéant, sanctionné. Cependant, en confondant efficacité et rapidité, la mise en œuvre de cette loi risque de se faire au détriment du travail éducatif. Les syndicats de magistrature, les juges pour enfants ainsi que les éducateurs spécialisés ont tenté d’alerter le gouvernement sur l’inutilité de ce texte de loi lors d’un colloque à l’Assemblée Nationale organisé par le collectif mineurs.

 

Dans le dernier numéro de l’Observatoire Internationale des Prisons (OIP) consacré à la justice des mineurs, Vito Fortunato explique « S’il est une réalité sur laquelle tous les acteurs de la justice des mineurs s’accordent, c’est que la clé de l’accompagnement d’un enfant ou d’un adolescent en conflit avec la loi, c’est le temps. Ce temps, c’est la garantie du respect du principe de la primauté de l’éducatif sur le répressif, réaffirmé tant dans les textes nationaux que dans les conventions internationales auxquelles la France fait partie. »

Or en accélérant les procédures, les juges pour enfants et les services d’Unité Éducative n’auront plus le temps d’enquêter sur la personnalité du jeune délinquant, ses conditions de vie familiale mais surtout de mettre en place des mesures éducatives. Le but premier de la protection de l’enfant, qu’il soit incarcéré ou non, est d’aider le mineur et de le faire évoluer. Mais cette accélération pose un autre problème crucial, c’est le suivi d’un mineur par le même juge pour enfants, ce qui permet de créer une continuité et un climat de confiance. En effet, le manque de personnels dans les tribunaux risque d’entraîner un suivi par plusieurs juges pour enfants. « Là, on nous fixe un délai qui doit être inférieur à trois mois. Si le juge des enfants habituel a déjà ses audiences remplies, on ira voir si le juge d’à côté a des créneaux de libres. », explique Sophie Legrand pour l’OIP.

Augmenter le nombre de centres éducatifs fermés, la fausse bonne idée

La seconde mesure phare de ce projet de loi est l’augmenter du nombre de centres éducatifs fermés (CEF). Ce lieu est vu par le gouvernement comme une alternatif à l’incarcération des jeunes qui est en forte augmentation. Sur le site du mouvement « En marche », Emmanuel Macron promet d’en doubler le nombre, alors de 52. Selon le gouvernement, « l’intérêt de ces centres est d’éloigner les mineurs d’un milieu qui peut être à l’origine de son parcours de délinquance. » 

Notre objectif est de mettre à disposition une centaine de centres éducatifs fermés (il en existe 56 aujourd’hui), efficacement répartis sur le territoire. Les mineurs criminels ou dangereux condamnés iront en établissement pénitentiaire pour mineurs.

Depuis leur création en 2002 avec la loi Pleyben I (article 17), les CEF n’ont cessé d’accueillir de plus en plus de mineurs. Cette évolution n’est pas la conséquence d’une augmentation de la délinquance, puisqu’elle reste stable. Elle s’explique surtout par le placement plus fréquent des mineurs en détention provisoire et en centres éducatifs fermés. Le rapport du Sénat sur la réinsertion des mineurs enfermés met d’ailleurs en exergue le fait que la mise en place de centres éducatifs fermés n’a pas fait diminuer le nombre de détention provisoire en établissements pénitentiaires pour mineurs : bien au contraire, le chiffre a augmenté.

Alors qu’à la base, les centres éducatifs fermés étaient destinés aux mineurs multirécidivistes, le placement dans ces centres s’est fortement banalisé. On y retrouve tous les profils. Foyers classiques saturés, jugements trop rapides et mauvais suivis sont les causes de ces placements hasardeux. « Une protection de l’enfance » bien loin de la logique éducative qu’avait instauré la loi fondatrice de 1945.

L’État est-il un bon parent ?

Pauvreté, délinquance, prisons : le gouvernement est-il en train de supprimer tous ses observatoires ? La suppression d’un d’entre eux, le Conseil National de la protection de l’enfance (CNPE), fait davantage parler de lui sur Twitter. Quels conséquences la disparition de cette instance peut-elle avoir sur la banlieue?

Créée en 2016, elle est dirigée à la fois par le Premier Ministre et par Agnès Buzyn, la ministère des solidarités et de la santé.  Cependant, une grande partie des cinq collèges est composée de représentants associatifs et de personnalités qualifiées œuvrant dans le champ de l’enfance dont des éducateurs spécialisés de rue. Elle réunit 82 spécialistes. Les réunions sont passées de 0 à 3 entre 2016 et 2018. Cet observatoire a pour rôle de proposer les orientations nationales de la politique de protection de l’enfance mais aussi d’assister le gouvernement en rendant des avis sur toutes les questions qui concernent la protection de l’enfance.

Dans la loi du 14 mars 2016 relative à la protection de l’enfance, « le conseil (CNPE) promeut la convergence des politiques menées au niveau local, dans le respect de la libre administration des collectivités territoriales. » La dissolution de cette instance risque donc d’entraver cette convergence des politiques. Par la présence de nombreux éducateurs spécialisés, elle permettait au gouvernement d’avoir une réel d’idée des conditions de vies des jeunes mineurs en banlieues.

Le 11 novembre, Lyes Louffok, auteur du livre « Dans l’enfer des foyers » et membre du CNPE dénonce la suppression de nombreuses instances et observatoires d’Etat.

 

Son tweet a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux de la part des membres du CNPE mais aussi d’éducateurs spécialisés et de Michèle Créoff, la vice-présidente du Conseil.

  « Ce gouvernement ne supporte aucun lieu tiers qui ne soit pas une chambre d’enregistrement : il supprime les instances d’observation et de production du consensus. »

Michèle Créoff, vice-présidente du CNPE

 

L’addition de ces suppressions est une menace pour les jeunes de banlieues. La protection de l’enfance joue un rôle majeur dans les quartiers. D’autant plus que le nombre de mineurs suivis en protection de l’enfance a été décuplé entre 2007 et 2016 : d’après les chiffres clés en protection de l’enfance de Observatoire National de la Protection de l’Enfance (ONPE), il est passé de 265 255 mineurs à 299 568. 

Le secteur de la protection social est en crise. Celle-ci est visible quand on observe le nombre de diplômés éducateurs spécialisés, en France. Alors que le nombre d’enfants mineurs suivis est en forte hausse, le nombre de diplômés est en baisse. Cette étude du DRESS (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) le montre bien. 

 

Dans la protection de l’enfance, la problématique la plus importante que le CNPE a tenté de mettre en exergue concerne la sortie du système de protection après la majorité qui constitue une « étape charnière ». Les jeunes mineurs sont livrés à eux-mêmes. Ils doivent se réinsérer socialement de manière autonome et n’ont que très peu de financement du Conseil Départemental. Ils doivent se battre pour continuer et financer leurs études, trouver un logement et ne pas s’isoler.  Dans son dernier rapport annuel, la fondation Abbé Pierre a annoncé que « 26 % des personnes sans domicile nées en France sont d’anciens « enfants placés en protection de l’enfance » (soit plus de 10 000 personnes), alors même que ce public ne représente que 2 à 3 % de la population générale ».

 

Une seule mesure existe en France pour étendre l’aide sociale jusqu’à 21 ans : le Contrat jeune. Cependant, la prise en charge de ces jeunes avec le CJ est soumis à des obligations – études, formation, recherche d’emplois.  Elle a été mise en place en 2018 et intégré au Code de l’action sociale et des familles. Dans la loi 221-1, il est indiqué que « le service de l’aide sociale à l’enfance est notamment chargé de soutenir les majeurs de moins de 21 ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre. »

Le CNPE n’est d’ailleurs pas le seul à être supprimé. Le Comité interministériel de coordination de la santé pour les personnes placées sous main de justice ou confiées par l’autorité judiciaire est aussi menacé de suppression. Dans la liste jaune mis en place par le gouvernement, il est écrit dans les commentaires « Commission ayant vocation à être supprimé ».

 

 

L’illusion de l’ascension sociale sportive

Tout le monde connait Paul Pogba, N’Golo Kanté, Blaise Matuidi ou Kylian Mbappé. Ces joueurs ont un point commun : en plus d’avoir gagné la coupe du monde en 2018, ils sont tous issus de banlieues françaises. C’est sur les terrains de football en bas des tours d’immeubles qu’ils ont été repérés pour intégrer des équipes de football professionnel.

 

 
 
 
 
 
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L’Ile-de-France est devenue le premier pourvoyeur de joueurs de football français. Passé le périphérique parisien, la région fournit un tiers des joueurs français, bien plus que l’Amérique du Nord, l’Asie et l’Afrique réunis. Sur les cinq dernières éditions de la Coupe du monde, la métropole de Paris a fourni à elle seule 60 jours au plus haut niveau. Des joueurs issus des banlieues défavorisées comme N’Golo Kanté qui a passé son enfance dans les quartiers des Géraniums à Rueil-Malmaison ou Moussa Sissoko, de la cité de la Rose des Vents.

Le sport COMME FACTEUR D’intégration

 Le football constitue une pratique sportive fédératrice pour les jeunes issus de quartiers populaires. Dans le rapport de 2007 du Conseil Économique et Social intitulé « Le sport au service de la vie sociale », il est expliqué que le sport est « producteur d’une éthique de vivre ensemble ». On lui attribue un pouvoir vertueux, celui de corriger les maux de la société mais il reproduit aussi les dynamiques de pouvoir et d’exclusion déjà présentes dans la société. L’État met des initiatives en place pour faire de la banlieue le vivier du sport, et notamment du football.  L’une d’elle, le Fonds d’Aide au Football Amateur (FAFA), est impulsée par le Fédération Française de Football. Pour la saison 2017-2018, la FFF a dégagé une enveloppe de 15 millions d’euros pour le développement et la structuration du football amateur. « Les clubs situés en territoires carencés peuvent bénéficier d’une aide financière supérieure (bonus de 10%) », explique le Ministère de la Cohésion des Territoires et du Sport dans un communiqué nommé « Rencontres des solutions. »

Une désillusion pour les jeunes de banlieues

Le football prend une place prépondérante dans l’imaginaire des jeunes de banlieues. Par l’ampleur de sa pratique et de sa diffusion, le football est rapidement devenu un sport populaire. Il est intéressant de noter que les licenciés FFF sont très peu nombreux en banlieues parisiennes. Par exemple, seulement 2% des habitants de Saint-Denis (93) sont licenciés FFF. Même résultat pour Bondy, Bobigny ou Clichy-sous-Bois. En effet, les jeunes pratiquent le sport dans des structures associatives, le plus souvent auto-gérées et à titre de loisir.

 

Etant donné que nombreux joueurs de l’équipe de France sont, eux-mêmes, issus de banlieues, les jeunes voient en ce sport un accomplissement personnel et un ascenseur social et un moyen de gagner de l’argent. Un communiqué d’Ufolep (Union française des œuvres laïques d’éducation physique) explique que « pour lutter contre l’anomie et re-pacifier les banlieues (et profitant de la médiatisation des figures immigrées de la réussite sportive), de nouveaux dispositifs de prévention et d’encadrement de la jeunesse masculine voient le jour, parmi lesquels les dispositifs «socio-sportifs», de «prévention », «d’insertion», «d’éducation» … par le sport. »

Kourtrajmé ou la fabrique à réalisateurs

Ce lundi 21 octobre, la nouvelle promotion de l’école de cinéma Kourtrajmé a fait sa rentrée. Sous l’œil bienveillant de Ladj Ly, les trente étudiants retenus vont étudier le cinéma pendant plusieurs mois. Au programme : cours de post-production, d’écriture, de tournage. Une opportunité pour ces jeunes de zones urbaines d’entrer dans le cercle (très) fermé du septième art.

Ils s’appellent Nasser, Alexia, Moussa, Louise ou encore Ismaël. Ces jeunes étudiants font partie de la deuxième promotion de l’école de cinéma gratuite et ouverte « à ceux qui en ont envie mais qui n’ont pas les moyens ». Cette école a pour but d’offrir les connaissances, le réseau et la culture nécessaire à des personnes dont les revenus financiers ne le permettent pas.

Une personne : ladj ly

Enfant de Montfermeuil, Ladj Ly se fait connaître grâce à son documentaire « 365 à Clichy-Montfermeuil » qui retrace l’historique des émeutes urbaines de 2005. Avec son caméscope HIV, il collectionne les prises de vues et filme les arrestations de la BAC, ce qui lui vaudra quelques problèmes avec la justice. Cette passion pour le septième art nait d’un film : La Haine, de Matthieu Kassovitz. « Après la sortie du film La Haine, ce film nous a tellement marqué, qu’on s’est dit que nous aussi on avait envie de faire des films », explique le réalisateur dans Le Mouv’. En 1996, Ladj Ly décide de créer le collectif Kourtrajmé (court-métrage, en verlan), en banlieue parisienne, avec ses amis d’enfance. Il produit ses premiers courts-métrages aux côtés de Kim Chapiron et Romain Gravas. Ces dernières années, le collectif est mis en sommeil mais son esprit perdure à travers des films comme « Les Misérables » mais surtout grâce à l’école Kourtrajmé, fondé en 2018 par Ladj Ly.

 

UN MOT D’ORDRE : LEGITIMITE

L’école Kourtrajmé propose trois sessions de travail par an : des formations à l’écriture scénaristique, à la réalisation et à la post-production. Elle a plusieurs objectifs pour les trente élèves sélectionnés comme permettre à des jeunes n’ayant pas eu l’occasion ou les moyens de suivre des études dans une école de cinéma ou encore de diversifier le milieu du cinéma et de l’image en insérant des personnes aux niveaux sociaux et aux centres d’intérêts différents.

Il faut savoir qu’une école de cinéma coute, en moyenne, 6 000 euros par an. Un tarif qui rend ces écoles inaccessibles aux personnes vivant dans les quartiers populaires.

Créé sur Canva

Le but de cette école est donc d’offrir une légitimité aux habitants de banlieues en mettant en valeur leurs compétences et leurs centres d’intérêts. Convaincu que le renouvellement du cinéma passe par le renouvellement de celles et ceux qui le fabriquent, Ladj Ly a créé cette école où la singularité des trajectoires et des expressions prévaut sur les moyens financiers de chacun. Cette école permet d’apporter un regard interne sur les banlieues et sur les zones urbaines. En effet, la plupart des films produits concernent cette zone géographique, soit par les thèmes abordés, soit par les lieux de tournage.

Des enseignants hors-du-commun

Pour offrir cet enseignement, le lauréat du prix du jury à Cannes s’entoure d’anciens membres du collectif Kourtrajmé comme Toumani Sangaré, réalisateur franco-malien ou Thomas Bangalter, scénariste français, membre du duo des Daft Punk. C’est lui qui avait produit le célèbre clip de « Signature » de DJ Mehdi au côté du collectif Kourtrajmé.

Dernièrement, c’est JR, artiste autodidacte connu pour ses collages photographiques monumentales qui a rejoint l’équipe pédagogique de l’école Koutrajmé. Il a annoncé son arrivée sur le réseau social Instagram. Depuis la rentrée, il dirige une nouvelle section « Art et images ».

 

 

 
 
 
 
 
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JOB ALERT, ECOLE KOURTRAJME – Nouvelle Section ART et IMAGE ! Je rejoins mon ami Ladj Ly, fondateur de l’école de cinéma Kourtrajmé à Montfermeil pour ouvrir ensemble, l’année prochaine, une section Art et Image. Nous recherchons le/la meilleur(e) responsable pédagogique capable de nous accompagner dans le développement du projet, l’élaboration du programme et assurer la formation durant l’année ! CV et lettre de motivation à : artetimageKT@gmail.com Compétences recherchées : expérience indispensable dans l’enseignement supérieure, connaissances approfondies en histoire de l’art et de la photographie, compétences techniques pour shooting en studio, maitrise des logiciels Photoshop/InDesign/Illustrator

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